{"id":3791,"date":"2017-04-30T14:29:00","date_gmt":"2017-04-30T12:29:00","guid":{"rendered":"https:\/\/seo-berater-salzburg.at\/cglem\/sabandonner-au-monde\/"},"modified":"2025-06-13T11:20:48","modified_gmt":"2025-06-13T09:20:48","slug":"sabandonner-au-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cglem.org\/fr\/montebelli-fr\/sabandonner-au-monde\/","title":{"rendered":"S&rsquo;abandonner au monde"},"content":{"rendered":"\n<p>Ch\u00e8re lectrice, cher lecteur dans la formule de salutation appropri\u00e9e !<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Hier, nous avons entendu trois rapports int\u00e9ressants sur trois voies mystiques et \u00e9sot\u00e9riques visant \u00e0 la recherche de la V\u00e9rit\u00e9, comme moyen privil\u00e9gi\u00e9 d&rsquo;assurer le salut. Nous n&rsquo;avons pas l&rsquo;intention de r\u00e9sumer ici ce que nous avons entendu, ni d&rsquo;essayer de faire une comparaison entre eux, mais plut\u00f4t de d\u00e9velopper de mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale une r\u00e9flexion sur les particularit\u00e9s des voies initiatiques-religieuses, en essayant, chaque fois que cela est possible, de rendre compte des similitudes avec la voie ma\u00e7onnique. Et puisque nous croyons que l&rsquo;un des \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s communs \u00e0 tout chemin initiatique, de quelque nature qu&rsquo;il soit, est l&rsquo;exercice de la libert\u00e9 individuelle, ce travail portera fondamentalement sur la LIBERT\u00c9.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Or, si l&rsquo;on demandait quelle action, dans l&rsquo;imaginaire collectif, s&rsquo;identifie le plus \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de libert\u00e9, on est presque certain que la r\u00e9ponse serait : voyager. Les cheveux balay\u00e9s par le vent (pour les plus chanceux), et c&rsquo;est parti ! Le monde est \u00e0 d\u00e9couvrir.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Notre approche de la religion n&rsquo;est peut-\u00eatre pas tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle que nous avons lorsque nous d\u00e9cidons de partir en voyage. Certains pr\u00e9f\u00e8rent s&rsquo;en remettre aux voyagistes : ils connaissent le monde et sont donc consid\u00e9r\u00e9s comme les plus aptes \u00e0 guider les autres \u00e0 la d\u00e9couverte de l&rsquo;inconnu. Et m\u00eame si cela signifie que tous les voyageurs doivent refaire les m\u00eames trajets et voir les m\u00eames choses que d&rsquo;autres ont choisies pour eux, c&rsquo;est un inconv\u00e9nient mineur par rapport au loisir et \u00e0 la garantie du r\u00e9sultat final. En effet, le degr\u00e9 de satisfaction est d\u00e9termin\u00e9 a priori : faites-nous confiance et \u00ab\u00a0vivez des vacances de r\u00eave\u00a0\u00bb ; \u00ab\u00a0choisissez la v\u00e9ritable aventure\u00a0\u00bb ; \u00ab\u00a0voici le circuit romantique qui vous fera tomber amoureux\u00a0\u00bb ; etc. Nous voulons tellement que tout corresponde \u00e0 nos attentes que, par exemple, les voyagistes engagent des musiciens pour \u00e9viter aux touristes la d\u00e9ception de d\u00e9couvrir que nous, Italiens, n&rsquo;avons pas l&rsquo;habitude de jouer de la mandoline en mangeant des spaghettis. C&rsquo;est ce qu&rsquo;exige la tradition, sinon quelqu&rsquo;un pourrait commencer \u00e0 penser que le monde n&rsquo;est peut-\u00eatre pas exactement celui que l&rsquo;on voit dans les brochures touristiques.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Cependant, et heureusement, il arrive que le doute s&rsquo;installe. Si l&rsquo;approche initiale peut s&rsquo;apparenter \u00e0 une visite guid\u00e9e, au cours du voyage, quelqu&rsquo;un peut ressentir le besoin de regarder au-del\u00e0 des itin\u00e9raires pr\u00e9vus, au-del\u00e0 des st\u00e9r\u00e9otypes \u00e9tablis et des joueurs de mandoline \u00e0 louer. Peut-\u00eatre veulent-ils maintenant voir le monde de leurs propres yeux, le parcourir avec leurs jambes, sans savoir o\u00f9 le voyage les m\u00e8nera, sans conna\u00eetre les joies et les peines qu&rsquo;il pourra leur apporter, mais avec un grand d\u00e9sir : celui de savoir ! Conna\u00eetre les pays et les personnes au-del\u00e0 des vitrines que d&rsquo;autres leur ont consacr\u00e9es.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>J&rsquo;ose dire que les r\u00e9v\u00e9lations pr\u00e9tendument gard\u00e9es et interpr\u00e9t\u00e9es par les grandes religions institutionnelles ressemblent beaucoup aux forfaits vacances tout compris. Des si\u00e8cles d&rsquo;interpr\u00e9tations et d&rsquo;ex\u00e9g\u00e8ses ont abouti \u00e0 s\u00e9lectionner, emballer, cristalliser en \u00e9tapes et en chemins pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9s le cheminement spirituel des individus. Ils ont exploit\u00e9 leur aspiration au divin dans des mod\u00e8les planifi\u00e9s, ils ont en quelque sorte conform\u00e9 le sens du myst\u00e8re que l&rsquo;existence suscite chez les gens, en leur donnant une raison et une justification bien d\u00e9finie. \u00ab\u00a0Suivez le programme et vous trouverez ce que nous vous avons promis. Dans de tels contextes, la r\u00e9v\u00e9lation est une image compl\u00e8te et d\u00e9finitive en soi, non sujette \u00e0 des changements, des interpr\u00e9tations ou des adaptations, du moins dans ses parties fondamentales, et dans le sillage des mouvements des peuples qui \u00e9voluent dans leurs coutumes, leur \u00e9thique et leur moralit\u00e9, face aux questions que soul\u00e8vent les progr\u00e8s scientifiques et technologiques, les religions du Livre opposent leur nature statique monolithique, car il est impensable de changer la Loi pour l&rsquo;adapter \u00e0 la nouveaut\u00e9 ; les hommes doivent remonter jusqu&rsquo;\u00e0 elle. Les rares occasions d&rsquo;ouverture s&rsquo;articulent toujours autour de l&rsquo;aspect social et de la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir un contact avec cette partie de la population qui, parfois m\u00eame malgr\u00e9 elle, tend \u00e0 s&rsquo;\u00e9loigner d&rsquo;une expression religieuse qui ne r\u00e9pond plus autant qu&rsquo;avant \u00e0 ses besoins spirituels. Dans ces occasions, la mis\u00e9ricorde et l&rsquo;attention aux besoins de l&rsquo;humanit\u00e9 sont de toute fa\u00e7on bas\u00e9es sur la doctrine, sans une r\u00e9vision r\u00e9elle du canon. Cependant, il y a toujours une orthodoxie qui s&rsquo;oppose \u00e0 ces timides concessions, parce qu&rsquo;elles sont toujours consid\u00e9r\u00e9es comme une d\u00e9viation par rapport \u00e0 la \u00ab\u00a0puret\u00e9\u00a0\u00bb de la r\u00e9v\u00e9lation.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Pour ceux que nous avons d\u00e9finis comme des voies mystiques ou des religions \u00e9sot\u00e9riques, la r\u00e9v\u00e9lation n&rsquo;est qu&rsquo;un point de d\u00e9part, un moment de contact entre l&rsquo;humain et le divin qui ne devait pas ent\u00e9riner une relation \u00e9ternelle de suj\u00e9tion, une distance insurmontable entre la cr\u00e9ature et le cr\u00e9ateur, mais plut\u00f4t une invitation \u00e0 combler cette distance, \u00e0 emprunter un chemin qui, par la connaissance de ce qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9, peut conduire \u00e0 Dieu. Pas de r\u00e8gles \u00e0 suivre ni d&rsquo;obligations \u00e0 remplir, mais le libre exercice de la volont\u00e9 de rechercher personnellement et directement le myst\u00e8re divin, de le revivre, de l&rsquo;int\u00e9rioriser et de l&rsquo;absorber, afin de ne faire qu&rsquo;un avec lui. Dans cette perspective, le salut ne d\u00e9pend pas de l&rsquo;observation de la Loi, mais de la connaissance de la logique qui l&rsquo;a \u00e9tablie ; non pas de l&rsquo;ob\u00e9issance aveugle, mais du partage de la m\u00eame nature que celle dont \u00e9mane la Loi ; en un mot, de l&rsquo;identification entre l&rsquo;homme et Dieu. Cette approche n&rsquo;est pas en contradiction avec l&rsquo;\u00e9volution des m\u0153urs ou de la morale, avec les progr\u00e8s technologiques ou les d\u00e9couvertes scientifiques, qui contribuent au changement des valeurs. car elles ne sont pas un obstacle \u00e0 la connaissance de Dieu, ni ne repr\u00e9sentent n\u00e9cessairement la n\u00e9gation de sa volont\u00e9.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Les religions institutionnelles semblent \u00eatre li\u00e9es \u00e0 une vision statique et \u00e0 un contexte historicis\u00e9 du divin, \u00e9tant li\u00e9es \u00e0 une apparition de celui-ci \u00e0 un moment particulier dans le temps qui marque \u00e9galement la limite de la compr\u00e9hension. En d&rsquo;autres termes, de l&rsquo;\u00e9clair qui enflamme l&rsquo;arbre aux dieux qui r\u00e9gissent les cycles de vie de la nature, du Dieu de Mo\u00efse \u00e0 la pr\u00e9dication du Christ, du Sceau des Proph\u00e8tes au Livre de Mormon, en tout temps et en tout lieu, les r\u00e9v\u00e9lations divines ont d\u00fb \u00eatre limit\u00e9es au niveau de compr\u00e9hension dont disposait l&rsquo;humanit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Dans cette perspective, elles doivent n\u00e9cessairement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme toutes vraies, comme r\u00e9pondant \u00e0 la connaissance r\u00e9elle du divin que poss\u00e8dent ceux qui ont re\u00e7u ces r\u00e9v\u00e9lations. Mais chacune d&rsquo;entre elles n&rsquo;\u00e9tait et n&rsquo;est qu&rsquo;une manifestation partielle de la V\u00e9rit\u00e9 et, en tant que telle, elle est destin\u00e9e \u00e0 \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e par la plus grande capacit\u00e9 de p\u00e9n\u00e9trer le Myst\u00e8re ineffable que l&rsquo;humanit\u00e9 a acquise et continue d&rsquo;acqu\u00e9rir au cours de son \u00e9volution. Ainsi, m\u00eame les religions actuelles, qui se sont faites les gardiennes et les garants de l&rsquo;orthodoxie, qui croient d\u00e9tenir la parole compl\u00e8te et d\u00e9finitive, devront reconna\u00eetre la disparition des dogmes sur lesquels elles se fondent, car ne pas le faire serait suspendre le chemin vers la V\u00e9rit\u00e9.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Dieu s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 (et se r\u00e9v\u00e8le) dans la mesure o\u00f9 nous sommes capables de le comprendre, et notre capacit\u00e9 \u00e0 le faire ne change pas son essence, mais nous permet d&rsquo;abandonner progressivement ses aspects ext\u00e9rieurs, li\u00e9s \u00e0 la vie mat\u00e9rielle, pour le rendre de plus en plus ontologiquement li\u00e9 \u00e0 notre essence m\u00eame, \u00e0 notre \u00eatre, \u00e0 nos sentiments int\u00e9rieurs.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Tel est le but des voies religieuses \u00e9sot\u00e9riques : revenir \u00e0 la connaissance directe, et non de seconde main, de la V\u00e9rit\u00e9, au-del\u00e0 des contingences et des manifestations ph\u00e9nom\u00e9nologiques de notre existence mat\u00e9rielle, \u00e0 la recherche du Commencement qui a donn\u00e9 naissance \u00e0 toute chose et qui en constitue la substance. Ils puisent dans les r\u00e9v\u00e9lations non pas litt\u00e9ralement, mais en reconnaissant leur enseignement symbolique, transformant l&rsquo;aspiration religieuse de l&rsquo;ob\u00e9issance aveugle \u00e0 un processus dynamique, \u00e0 une voie, \u00e0 un chemin de recherche qui nous fait sentir que Dieu et sa Parole font partie de nous et que nous faisons partie de Lui, qui pense la cr\u00e9ation non pas comme un \u00e9v\u00e9nement d\u00e9finitif et arr\u00eat\u00e9, mais comme une construction continue dont les individus sont simultan\u00e9ment l&rsquo;objet et le sujet, les outils et le r\u00e9sultat, le d\u00e9but et la fin, les moyens et le but : un processus d&rsquo;identification qui nous am\u00e8ne aussi, nous les Ma\u00e7ons, \u00e0 d\u00e9clarer : nous sommes le G.A.O.T.U..<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Deux visions oppos\u00e9es de la relation de l&rsquo;homme avec le divin, qui impliquent deux mani\u00e8res diff\u00e9rentes de vivre la r\u00e9alit\u00e9 : l&rsquo;une est fondamentalement bas\u00e9e sur un lien de n\u00e9cessit\u00e9, o\u00f9 l&rsquo;homme est un objet passif qui ne peut qu&rsquo;accepter ce qui lui est donn\u00e9 ; l&rsquo;autre est inspir\u00e9e par une vision de libert\u00e9, o\u00f9 l&rsquo;homme est le sujet actif qui peut orienter sa volont\u00e9 \u00e0 la recherche de sa dimension spirituelle.<br\/><br\/><br\/>Par cons\u00e9quent, la capacit\u00e9 d&rsquo;entreprendre des voies \u00e9sot\u00e9riques de connaissance d\u00e9pend de l&rsquo;exercice de la libert\u00e9 individuelle. Commen\u00e7ons donc nous aussi un voyage \u00e0 travers cette double lecture de la r\u00e9alit\u00e9, afin de pouvoir argumenter le sens d&rsquo;une telle affirmation.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Compte tenu de l&rsquo;existence et des actes des individus sur le plan mat\u00e9riel, peut-on vraiment parler de libert\u00e9 ? Comment la d\u00e9finir et l&rsquo;exercer ?<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;un sujet tr\u00e8s d\u00e9battu en philosophie : certains nient l&rsquo;exercice effectif de la libert\u00e9 individuelle, comme Spinoza, tandis que d&rsquo;autres consid\u00e8rent la libert\u00e9 comme une condition inh\u00e9rente \u00e0 la nature humaine, comme Descartes. Qui nie la possibilit\u00e9 d&rsquo;un r\u00e9el exercice de la libert\u00e9 se r\u00e9f\u00e8re d&rsquo;abord \u00e0 la d\u00e9pendance de la vie elle-m\u00eame aux lois de la nature, par les exigences de notre partie physique. Nous sommes li\u00e9s \u00e0 notre corps et l&rsquo;instinct nous impose la satisfaction de ses besoins. Mais l&rsquo;humanit\u00e9 a su s&rsquo;affranchir des caprices de la nature et, aujourd&rsquo;hui, les besoins fondamentaux li\u00e9s \u00e0 la simple survie ne sont plus (du moins pour beaucoup de gens) le seul d\u00e9terminant des actions de chacun. L&rsquo;\u00eatre humain peut donc r\u00e9ellement se consacrer \u00e0 la satisfaction de ses d\u00e9sirs, cultiver ses passions, exprimer toute la cr\u00e9ativit\u00e9 dont il est capable et, suivant l&rsquo;inspiration de sa volont\u00e9, l&rsquo;orienter vers ce qui lui procure le plus de joie et de plaisir. S&rsquo;agit-il d&rsquo;un exercice efficace de la libert\u00e9 ? Schopenhauer disait : \u00a0\u00bb Un homme peut faire ce qu&rsquo;il veut, mais pas vouloir ce qu&rsquo;il veut \u00ab\u00a0, car l&rsquo;objet de son d\u00e9sir ne na\u00eet pas d&rsquo;une libre d\u00e9termination de la volont\u00e9, c&rsquo;est plut\u00f4t cette derni\u00e8re qui est d\u00e9termin\u00e9e par le d\u00e9sir lui-m\u00eame, en y devenant d\u00e9pendante. Cependant, m\u00eame les stimuli qui nous affectent peuvent \u00eatre contr\u00f4l\u00e9s et m\u00eame expuls\u00e9s de notre vie.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Alors, sommes-nous libres dans nos d\u00e9terminations ou sommes-nous li\u00e9s, contraints par notre nature m\u00eame ?<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>En \u00e9largissant la perspective \u00e0 l&rsquo;ensemble de la cr\u00e9ation, le sujet peut \u00eatre formul\u00e9 comme suit : le monde tel que nous le connaissons est-il le r\u00e9sultat de lois strictes qui ont d\u00e9termin\u00e9 son d\u00e9veloppement pass\u00e9 et r\u00e9gissent son d\u00e9veloppement futur, sans qu&rsquo;il soit possible d&rsquo;interf\u00e9rer avec l&rsquo;une d&rsquo;entre elles ? Ou bien le monde est-il le r\u00e9sultat de la libre interaction de ses composantes, qui a d\u00e9termin\u00e9 l&rsquo;un de ses d\u00e9veloppements possibles sans influencer \u00e9galement les d\u00e9veloppements futurs ?<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>C&rsquo;est ici que la science nous vient en aide. Selon Einstein, l&rsquo;univers \u00e9volue selon une n\u00e9cessit\u00e9 physique pr\u00e9cise : \u00ab\u00a0Dieu ne joue pas aux d\u00e9s avec l&rsquo;univers\u00a0\u00bb, disait-il. Pour les physiciens quantiques, l&rsquo;univers n&rsquo;a pas de structure d\u00e9terministe, mais r\u00e9pond plut\u00f4t \u00e0 des principes probabilistes qui n&rsquo;existent qu&rsquo;en fonction des observateurs. \u00ab\u00a0Einstein, ne dis pas \u00e0 Dieu ce qu&rsquo;il doit faire\u00a0\u00bb, lui r\u00e9pondait Niels Bhor. M\u00eame la structure de la mati\u00e8re, la chose la plus \u00ab\u00a0r\u00e9elle\u00a0\u00bb que nous puissions \u00e9valuer, semble souffrir de cette dualit\u00e9 et de ces contradictions qui affectent la sph\u00e8re de l&rsquo;action humaine.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Dans le domaine social et politique, la libert\u00e9 est la condition consid\u00e9r\u00e9e comme n\u00e9cessaire pour permettre l&rsquo;expression des personnalit\u00e9s individuelles, avec l&rsquo;objectif d\u00e9clar\u00e9 d&rsquo;assurer aux citoyens la poursuite de leur bien-\u00eatre physique, \u00e9conomique et moral. Mais comment l&rsquo;accorder ? En privil\u00e9giant toujours les int\u00e9r\u00eats de l&rsquo;individu ou ceux de la communaut\u00e9 dans son ensemble ? Selon les \u00e9poques, les lieux et les circonstances, l&rsquo;id\u00e9al de libert\u00e9 politique et sociale a connu diverses incarnations, apparaissant tant\u00f4t comme une conqu\u00eate, tant\u00f4t comme un compromis ou une n\u00e9gociation, tant\u00f4t comme une concession, avec pour \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 l&rsquo;une des deux priorit\u00e9s susmentionn\u00e9es. Dans l&rsquo;ensemble, les groupes sociaux les plus organis\u00e9s et les plus influents font pr\u00e9valoir leur point de vue, avec pour objectif premier la sauvegarde de leurs int\u00e9r\u00eats plus que la r\u00e9alisation d&rsquo;un mod\u00e8le id\u00e9al de libert\u00e9. Ainsi, la libert\u00e9, m\u00eame dans cette perspective, loin d&rsquo;\u00eatre une r\u00e9f\u00e9rence unique, est plut\u00f4t un concept flexible, toujours r\u00e9visable, parfois utilis\u00e9 pour justifier de v\u00e9ritables atrocit\u00e9s \u00e0 l&rsquo;encontre des groupes sociaux les plus faibles.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Pour les religions institutionnelles, nous avons d\u00e9j\u00e0 vu comment la Loi, et l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se qui en est faite, repr\u00e9sentent le guide et en m\u00eame temps la limite dans laquelle doit s&rsquo;exercer toute action humaine.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>En ce sens, il convient de mentionner que les religions abrahamiques, fond\u00e9es sur l&rsquo;omniscience et l&rsquo;omnipotence de Dieu, qui n&rsquo;est en soi que bien et perfection, attribuent \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 toutes les formes de mal et d&rsquo;imperfection dans le monde, puisqu&rsquo;elles ne peuvent en aucun cas provenir de Dieu.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Ensuite, au-del\u00e0 de la recherche d&rsquo;une raison \u00e0 la douleur et au mal produits par la nature, tels que les cataclysmes ou les maladies, m\u00eame en s&rsquo;attardant sur la facult\u00e9 particuli\u00e8re de l&rsquo;homme, \u00e0 savoir la libert\u00e9, de choisir d&rsquo;op\u00e9rer pour le bien ou d&rsquo;opter pour le mal, il convient de faire une distinction entre le mal fait par ignorance, pour lequel on ne devrait pas parler de culpabilit\u00e9 volontaire, et le mal fait avec intentionnalit\u00e9.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Mais pourquoi l&rsquo;homme, cr\u00e9ature bien-aim\u00e9e de Dieu, faite \u00e0 son image et \u00e0 sa ressemblance, devrait-il souhaiter le mal ?<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Face \u00e0 ces questions, les positions prises comme explication sont essentiellement au nombre de trois : l&rsquo;attitude nihiliste de ceux qui, face aux contradictions de la vie, \u00e0 ses trag\u00e9dies, aux abus des plus forts sur les plus faibles, rejettent l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame de Dieu parce que, dans un tel monde, il n&rsquo;y a pas moyen de reconna\u00eetre son action. Il y a ensuite l&rsquo;attitude fataliste de ceux qui, au contraire, voient l&rsquo;action de Dieu en toute chose, puisque le plan de Dieu est si imp\u00e9n\u00e9trable qu&rsquo;il est vain de demander les raisons des trag\u00e9dies ou des joies de la vie : il faut les accepter, c&rsquo;est tout, et s&rsquo;en remettre \u00e0 Lui. Enfin, l&rsquo;attitude rationaliste, qui tend \u00e0 expliquer la douleur qui envahit la vie comme le r\u00e9sultat du comportement du m\u00e9chant, dans le cas du mal volontaire, ou comme la pr\u00e9paration d&rsquo;un plus grand bien dans le cas du mal innocent (la douleur est destin\u00e9e au salut).<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>En d\u00e9finitive, en voulant faire abstraction des attitudes intellectuelles prises comme justification de la th\u00e9odic\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire du probl\u00e8me de la pr\u00e9sence du mal au sein de la Cr\u00e9ation, il reste \u00e0 d\u00e9nouer le n\u0153ud li\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re dont l&rsquo;homme peut de toute fa\u00e7on se racheter face \u00e0 Dieu.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Au-del\u00e0 des particularit\u00e9s de chaque religion, il existe une contradiction fondamentale qui les concerne toutes, \u00e0 savoir la pr\u00e9valence donn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;action de la Gr\u00e2ce divine, pour laquelle le pardon et le salut sont une concession divine exclusive, donn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;action des \u0153uvres humaines de mis\u00e9ricorde, qui d\u00e9pendent au contraire de la volont\u00e9 de r\u00e9demption de l&rsquo;individu.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>D&rsquo;o\u00f9 vient le salut ? Par une n\u00e9cessit\u00e9 divine, ou par l&rsquo;action de la Gr\u00e2ce, ou par un exercice de la libert\u00e9 humaine, ou par la coh\u00e9rence des \u0153uvres ?<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Toujours plus de contradictions, d&rsquo;antinomies, de visions alternatives, de conflits. Mais c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui caract\u00e9rise le monde exot\u00e9rique ou, pour utiliser un terme qui nous est plus familier, le monde du blasph\u00e8me.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Profanement parlant, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;arguments qui conduiraient \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer une th\u00e8se plut\u00f4t qu&rsquo;une autre : de ce point de vue, elles peuvent toutes \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme vraies, et la pr\u00e9valence de l&rsquo;une ou l&rsquo;autre est une question de foi, de pens\u00e9e, de croyance scientifique, de culture, sans qu&rsquo;il soit possible de discerner un m\u00e9ta-crit\u00e8re sur la base duquel comparer et faire des choix uniques. La th\u00e8se et l&rsquo;antith\u00e8se sont \u00e9quivalentes.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>En fin de compte, le choix entre des opinions oppos\u00e9es est une question d&rsquo;opportunit\u00e9 ou de commodit\u00e9, car c&rsquo;est ce qui motive l&rsquo;individu dans le contexte profane : la poursuite d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat, de quelque nature qu&rsquo;il soit et \u00e0 quelque fin qu&rsquo;il soit destin\u00e9. Sur la base de cet objectif, les individus sont naturellement enclins \u00e0 vouloir se d\u00e9barrasser des nombreuses contradictions qui affectent la sph\u00e8re de leur action, en faisant toujours un choix, \u00e0 d\u00e9fendre ensuite par tous et contre tous ceux qui font des choix diff\u00e9rents.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>En ce sens, chaque individu exerce et exprime sa propre libert\u00e9 : il suit les impulsions de son ego, de ses sentiments, des convictions qui d\u00e9coulent de son histoire personnelle et l&rsquo;am\u00e8nent \u00e0 choisir l&rsquo;une des possibilit\u00e9s donn\u00e9es, l&rsquo;enfermant dans une vision partielle de la r\u00e9alit\u00e9.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>La perspective \u00e9sot\u00e9rique et initiatique ne nie pas l&rsquo;existence d&rsquo;antinomies et de contradictions mais, au lieu de les consid\u00e9rer comme des alternatives inconciliables, au sein desquelles le choix et la volont\u00e9 d&rsquo;imposer une vision aux autres sont consid\u00e9r\u00e9s comme l&rsquo;expression ultime de la libert\u00e9, elle les consid\u00e8re comme un substrat unique, ins\u00e9parable et indivisible, un \u00ab\u00a0unicum\u00a0\u00bb qui doit \u00eatre accept\u00e9 dans sa totalit\u00e9 parce que c&rsquo;est dans la totalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement que l&rsquo;on peut saisir le sens de la vie et \u00e0 partir duquel on peut entamer un autre chemin de libert\u00e9.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Partir de l&rsquo;acceptation de la logique du monde, c&rsquo;est ne renoncer \u00e0 aucun de ses aspects, les consid\u00e9rer tous comme essentiels pour retrouver l&rsquo;origine dont ils sont issus. Cela signifie reconna\u00eetre que le monde est n\u00e9 avec des contradictions inh\u00e9rentes, et qu&rsquo;elles contribuent toutes \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 de la Cr\u00e9ation et \u00e0 la V\u00e9rit\u00e9 de celle-ci.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>On a dit que, dans le contexte profane, la libert\u00e9 consiste \u00e0 choisir entre des contraires et \u00e0 faire de ce choix sa propre v\u00e9rit\u00e9. Nous pensons au contraire que la libert\u00e9 consiste \u00e0 les maintenir en relation les unes avec les autres et non \u00e0 devoir choisir, car, comme le disait Raimond Panikkar, grand explorateur de la spiritualit\u00e9, \u00ab\u00a0dans chaque choix il y a un renoncement\u00a0\u00bb, il y a une renonciation a priori \u00e0 comprendre la V\u00e9rit\u00e9 dans sa totalit\u00e9.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>L&rsquo;abandon au monde : c&rsquo;est la condition \u00e0 acqu\u00e9rir pour adh\u00e9rer pleinement \u00e0 un parcours de connaissance mystique et initiatique. S&rsquo;abandonner au monde ne signifie pas renoncer ou abandonner la recherche de la V\u00e9rit\u00e9, mais au contraire cela signifie que, pour rendre coh\u00e9rente cette recherche, il faut cesser de combattre le monde, de se consid\u00e9rer comme le centre de la Cr\u00e9ation, d&rsquo;imposer son ego, de poursuivre la satisfaction de ses d\u00e9sirs, dans le but d&rsquo;\u00eatre au service d&rsquo;un id\u00e9al sup\u00e9rieur qui transcende notre ego.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Renoncer \u00e0 la personnalit\u00e9 profane pour retrouver la personnalit\u00e9 divine, devenir sourd au vacarme du monde pour accorder son \u00eatre au rappel de l&rsquo;Origine, le principe qui nous fa\u00e7onne et qui nous appelle \u00e0 sa pr\u00e9sence. C&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;expression ultime de la libert\u00e9 : ne pas se sentir li\u00e9 au monde, mais tourner tout son c\u0153ur vers la connaissance de Dieu.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>La libert\u00e9 r\u00e9side dans le chemin de la connaissance qui m\u00e8ne \u00e0 la V\u00e9rit\u00e9, dans le processus d&rsquo;accession de l&rsquo;homme \u00e0 la m\u00eame source de V\u00e9rit\u00e9. En ce sens, la libert\u00e9 n&rsquo;atteint pas ses limites, parce qu&rsquo;elle ne se d\u00e9veloppe pas horizontalement, en rivalisant avec les autres, mais elle cro\u00eet verticalement, vers la dimension illimit\u00e9e de la spiritualit\u00e9. C&rsquo;est dans ce contexte que s&rsquo;inscrivent les parcours \u00e9sot\u00e9rico-religieux, objet de la r\u00e9union d&rsquo;hier. Mais il repr\u00e9sente aussi le substrat dans lequel se d\u00e9roule le chemin ascendant de la Ma\u00e7onnerie \u00e9cossaise, un chemin qui pr\u00e9voit en fait, \u00e0 la fin de ses degr\u00e9s symboliques, la r\u00e9alisation de la Gnose comme un prix sublime.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Bien entendu, la franc-ma\u00e7onnerie ne se fixe pas un objectif sot\u00e9riologique pur comme le font les religions, mais exige que la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration, la renaissance de l&rsquo;adepte se fasse au b\u00e9n\u00e9fice de l&rsquo;humanit\u00e9. L&rsquo;escalier, une fois mont\u00e9, doit \u00eatre redescendu. Je voudrais souligner que le plan exot\u00e9rique et le plan \u00e9sot\u00e9rique repr\u00e9sentent deux contextes distincts, avec des objectifs et des m\u00e9thodes diff\u00e9rents : il n&rsquo;est donc pas possible d&rsquo;aborder les probl\u00e8mes et les contradictions de la vie avec le m\u00eame \u00e9tat d&rsquo;esprit, la m\u00eame r\u00e9f\u00e9rence culturelle, les m\u00eames croyances. Soit on adopte une perspective profane, soit on adopte une perspective initiatique.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>C&rsquo;est pourquoi nous ne devons pas introduire dans le temple, au cours de nos travaux, des cl\u00e9s d&rsquo;interpr\u00e9tation de la r\u00e9alit\u00e9 qui appartiennent au monde profane. Notre mode de lecture du monde doit n\u00e9cessairement \u00eatre diff\u00e9rent.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>La libert\u00e9 issue d&rsquo;un parcours initiatique n&rsquo;est donc pas simplement le fait de se lib\u00e9rer de la n\u00e9cessit\u00e9 de la nature, li\u00e9e \u00e0 notre physique, ou du pouvoir de poursuivre nos d\u00e9sirs, li\u00e9 \u00e0 notre \u00e2me et \u00e0 notre personnalit\u00e9. Elle provient d&rsquo;une autre source, \u00e0 savoir la conscience individuelle. La conscience est le substrat o\u00f9 puiser la force et l&rsquo;inspiration, elle est le guide capable d&rsquo;orienter la volont\u00e9, elle est la caisse de r\u00e9sonance \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de laquelle nous entendons l&rsquo;\u00e9cho du \u00ab\u00a0Fiat Lux\u00a0\u00bb, elle est le miroir o\u00f9 se refl\u00e8te notre \u00e9tincelle divine. La conscience individuelle est la r\u00e9verb\u00e9ration, au niveau de la mati\u00e8re, de la pl\u00e9nitude du Pl\u00e9r\u00f4me et, en tant que telle, elle agit comme une mise en \u0153uvre directe, sans autre m\u00e9diation, de l&rsquo;Origine du manifeste.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Mais sa voix a vite \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9e par les tergiversations de l&rsquo;ego et de la personnalit\u00e9, que le contexte social et culturel de l&rsquo;appartenance contribue \u00e0 construire, et qui restent trop souvent ignor\u00e9es. Et pourtant, la conscience est ce qui fait de nous tous des Fr\u00e8res, car une fois purifi\u00e9e des superstructures de la profanation, du conditionnement des pr\u00e9jug\u00e9s, elle puise dans le Principe \u00e9manatif commun de l&rsquo;\u00catre et nous fait voir le monde d&rsquo;un \u0153il nouveau.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>C&rsquo;est le sens du silence de l&rsquo;apprenti : faire le vide dans son esprit, faire taire la pens\u00e9e, et recr\u00e9er en lui les conditions pour remonter \u00e0 la source de la conscience. C&rsquo;est le sens de la superposition des outils du travail ma\u00e7onnique, l&rsquo;\u00e9querre et le compas, au-dessus de la lumi\u00e8re de la loge, c&rsquo;est-\u00e0-dire au-dessus du livre saint, symbole du G.A.O.T.U. et v\u00e9ritable source de la conscience, afin qu&rsquo;il fa\u00e7onne notre travail.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Celui qui regarde avec les yeux de la conscience verra dans l&rsquo;autre un reflet de lui-m\u00eame, et ce qu&rsquo;il verra sera la pl\u00e9nitude divine qui fa\u00e7onne toutes les consciences conscientes. Le divin est \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de nous-m\u00eames, il n&rsquo;est pas \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de nous-m\u00eames, il n&rsquo;est pas diff\u00e9rent de nous, au contraire il nous impr\u00e8gne, il nous compl\u00e8te, il nous d\u00e9finit. Nous pouvons conna\u00eetre Dieu, tel est le message des religions \u00e9sot\u00e9riques.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Non pas la foi, non pas les \u0153uvres, mais la Connaissance, comme voie privil\u00e9gi\u00e9e de notre propre salut. D&rsquo;o\u00f9 la relation ontologique, no\u00e9tique, directe, personnelle et intime avec le Divin, qui conduit \u00e0 notre identification en Lui, \u00ab\u00a0afin qu&rsquo;il ne reste rien de nous qui ne soit en Lui et rien de Lui qui ne soit en nous\u00a0\u00bb, comme l&rsquo;affirme une pri\u00e8re gnostique. On comprend alors que, dans cette perspective, il n&rsquo;y a pas de place pour un Dieu personnifi\u00e9 regardant de l&rsquo;ext\u00e9rieur l&rsquo;\u0153uvre des hommes, un Dieu juge qui punit et r\u00e9compense, exau\u00e7ant ou non les pri\u00e8res et les supplications, accordant ou non sa Gr\u00e2ce et son salut en fonction d&rsquo;un dessein cach\u00e9 que nous ne pouvons pas comprendre. Dans un renversement total de perspective, par rapport aux religions institutionnelles, Dieu est indiff\u00e9rent, car ce n&rsquo;est pas Dieu qui s&rsquo;occupe des individus, mais les individus qui s&rsquo;occupent de Lui, devant reproduire sa logique et son essence par eux-m\u00eames et en eux-m\u00eames.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Je ne crois pas qu&rsquo;il puisse y avoir une expression de la libert\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9e que celle-ci : la libert\u00e9 de nous r\u00e9v\u00e9ler comme divins. Je suis le G.A.O.T.U.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Celui qui pense que cela peut se r\u00e9aliser avec le pouvoir de faire des merveilles et des miracles, de donner libre cours \u00e0 tous les caprices qui se passent dans sa t\u00eate, n&rsquo;a pas bien compris ce que nous avons essay\u00e9 d&rsquo;expliquer. Un parcours initiatique \u00e9sot\u00e9rique exige d&rsquo;abandonner la vision particuli\u00e8re du blasph\u00e8me, il demande de se d\u00e9shabiller de toutes les tensions qui bouleversent l&rsquo;ego et le mental, de nier les \u00e9l\u00e9ments de la personnalit\u00e9 et de l&rsquo;ego, afin de mettre la conscience dans l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;harmonie originelle avec le Principe Cr\u00e9ateur de l&rsquo;univers, afin de s&rsquo;identifier \u00e0 la logique qui r\u00e9git et soutient l&rsquo;univers lui-m\u00eame.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Lib\u00e9r\u00e9s des passions mondaines, nous serons libres d&rsquo;explorer sa complexit\u00e9, de sonder le myst\u00e8re qui se trouve \u00e0 son origine, dans une d\u00e9marche visant non seulement la Connaissance pure mais aussi la reproduction de la V\u00e9rit\u00e9 qui la fa\u00e7onne. L&rsquo;identification au divin s&rsquo;exprime dans la capacit\u00e9 non seulement de comprendre, mais aussi de reproduire la V\u00e9rit\u00e9 au-del\u00e0 du vrai qui caract\u00e9rise la profanation.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Nous avons d\u00e9j\u00e0 dit que la voie ma\u00e7onnique \u00e9cossaise exige que la gnose atteinte par l&rsquo;adepte soit mise au service de l&rsquo;humanit\u00e9. Comment pouvons-nous rendre cela possible ?<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Je crois que le meilleur moyen serait celui-ci : ne pas vivre dans le temps, dans la soci\u00e9t\u00e9, dans la famille, dans le travail, mais plut\u00f4t vivre le temps, la soci\u00e9t\u00e9, la famille, le travail.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Dans le sens o\u00f9 nous ne devrions pas seulement agir dans nos contextes habituels, comme si nous \u00e9tions des acteurs de fond, des figurants, mais nous devrions plut\u00f4t agir sur eux, agir pour promouvoir des relations qui tendent vers la direction de la V\u00e9rit\u00e9, telle que nous apprenons \u00e0 la conna\u00eetre, non pas dans le but d&rsquo;avoir plus, non pas en pensant seulement \u00e0 nous-m\u00eames, \u00e0 nos int\u00e9r\u00eats personnels, mais plut\u00f4t en nous repensant nous-m\u00eames, en r\u00e9alisant m\u00eame dans ces contextes profanes notre identification avec une dimension sup\u00e9rieure qui fa\u00e7onne nos diff\u00e9rentes capacit\u00e9s d&rsquo;\u00e9valuation et d&rsquo;action.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>M\u00eame dans cette perspective, il faut comprendre que le choix de parcourir et de mettre en \u0153uvre un chemin initiatique exige une forte volont\u00e9 et la capacit\u00e9 de repenser totalement notre rapport \u00e0 la V\u00e9rit\u00e9. Ces raisons suffisent-elles \u00e0 justifier la raret\u00e9 des individus qui d\u00e9cident de la pratiquer ?<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Et que dire de la grande hostilit\u00e9 qui entoure g\u00e9n\u00e9ralement toute agr\u00e9gation d&rsquo;hommes qui s&rsquo;identifie \u00e0 l&rsquo;une de ces voies ? L&rsquo;une des analyses les plus fines \u00e0 cet \u00e9gard se trouve peut-\u00eatre dans l&rsquo;une des plus belles pages de la litt\u00e9rature mondiale : \u00ab\u00a0La l\u00e9gende du Grand Inquisiteur\u00a0\u00bb, tir\u00e9e des \u00ab\u00a0Fr\u00e8res Karamazov\u00a0\u00bb de F\u00e9dor Dosto\u00efevski.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Nous sommes en Espagne, dans les ann\u00e9es 1500, lorsque la Sainte Inquisition veille au respect de l&rsquo;orthodoxie en n&rsquo;h\u00e9sitant pas \u00e0 envoyer au b\u00fbcher toute personne soup\u00e7onn\u00e9e d&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie. Dans ce climat d&rsquo;inqui\u00e9tude et de suspicion, le Christ revient sur terre, il est reconnu et acclam\u00e9 par les foules, mais le cardinal grand inquisiteur le fait imm\u00e9diatement arr\u00eater et tra\u00eener dans les cachots de l&rsquo;inquisition, o\u00f9 il se rend personnellement pour interroger le prisonnier le soir m\u00eame.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>L&rsquo;inquisiteur est un homme de quatre-vingt-dix ans, \u00ab\u00a0grand et droit, avec un visage d\u00e9charn\u00e9 et des yeux enfonc\u00e9s dans lesquels il y a encore, comme une \u00e9tincelle de feu, un peu de lumi\u00e8re\u00a0\u00bb. Il demande au Christ pourquoi il est revenu, pourquoi il veut plonger le peuple dans le chaos avec son message de libert\u00e9. Il n&rsquo;a manifestement pas compris que le peuple n&rsquo;est m\u00fb que par une seule question : \u00ab\u00a0devant qui se prosterner ?\u00a0\u00bb et que c&rsquo;est l\u00e0 \u00ab\u00a0le plus grand secret de ce monde\u00a0\u00bb. Le cardinal reproche au prisonnier de ne pas avoir compris et de s&rsquo;\u00eatre comport\u00e9 de mani\u00e8re totalement contraire. \u00ab\u00a0Au lieu de s&#8217;emparer de la libert\u00e9 humaine, il l&rsquo;a multipli\u00e9e, tout en exacerbant \u00e9ternellement, par le supplice de la libert\u00e9, le r\u00e8gne spirituel de l&rsquo;homme\u00a0\u00bb, mais \u00ab\u00a0rien n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 plus intol\u00e9rable \u00e0 l&rsquo;homme et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 que la libert\u00e9\u00a0\u00bb. Les hommes, poursuit le grand inquisiteur, sont impatients de se d\u00e9barrasser de la libert\u00e9 en \u00e9change d&rsquo;un pouvoir fort qui puisse leur garantir un bonheur que seuls les biens mat\u00e9riels peuvent assurer. Et au Christ, il avait \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 de guider les hommes avec les m\u00eames moyens, lorsque Satan s&rsquo;\u00e9tait approch\u00e9 de lui, mais il avait d\u00e9cid\u00e9 de r\u00e9sister \u00e0 l&rsquo;homme et il avait refus\u00e9 ses offres de pouvoir. L&rsquo;inquisiteur et ses hommes n&rsquo;avaient pas fait la m\u00eame erreur et depuis longtemps ils avaient choisi de guider les hommes en leur donnant le bonheur en \u00e9change de l&rsquo;ob\u00e9issance : \u00ab\u00a0Alors \u00e9coutez-nous, nous ne sommes pas avec vous\u00a0\u00bb &#8211; dit-il au Christ &#8211; \u00ab\u00a0mais avec lui depuis huit si\u00e8cles\u00a0\u00bb. L&rsquo;inquisiteur conclut en disant au prisonnier qu&rsquo;il ne le craint pas et que le lendemain, pour preuve de ce qu&rsquo;il a dit, il verra comment le doux troupeau de gens, \u00e0 son premier geste, \u00ab\u00a0se pr\u00e9cipitera pour allumer le feu ardent sous le b\u00fbcher, sur lequel il le br\u00fblera parce qu&rsquo;il est venu les d\u00e9ranger\u00a0\u00bb. Le Christ ne r\u00e9pond pas, il embrasse l&rsquo;inquisiteur sur ses l\u00e8vres exsangues. Le vieillard fr\u00e9mit, il tremble. Il se dirige vers la porte et, se tournant vers le Christ, il lui dit : \u00ab\u00a0Va-t&rsquo;en et ne reviens pas, ne reviens plus jamais\u00a0\u00bb.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>C&rsquo;est assur\u00e9ment un tableau inqui\u00e9tant que nous pr\u00e9sente Dosto\u00efevski, mais il ne faut pas le limiter au seul cercle de la religion catholique repr\u00e9sent\u00e9 par le grand inquisiteur. Je pense que la critique qu&rsquo;il formule peut et doit \u00eatre \u00e9tendue \u00e0 toutes les formes d&rsquo;id\u00e9ologie organis\u00e9e, qu&rsquo;elles soient religieuses, sociales ou politiques. En effet, il est typique pour toute id\u00e9ologie de d\u00e9clarer non seulement que son but est de rendre les hommes heureux, mais aussi que sa propre fa\u00e7on de lire les donn\u00e9es de la vie et, par cons\u00e9quent, le chemin qui en d\u00e9coule est le meilleur et le plus appropri\u00e9 pour atteindre ce but. Mais, selon notre auteur, le propre des id\u00e9ologies est de se substituer implicitement \u00e0 l&rsquo;ordre cosmique \u00e9tabli par Dieu, de se laisser s\u00e9duire par les forces d\u00e9moniaques qui, tout en se masquant sous des intentions nobles et altruistes.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Les id\u00e9ologies d\u00e9cident pour les hommes et veulent s&rsquo;imposer aux hommes. Et ils y parviennent parce que les hommes, au lieu d&rsquo;\u00eatre attir\u00e9s par la v\u00e9rit\u00e9 et la libert\u00e9, le sont davantage par les promesses de stabilit\u00e9 et de bien-\u00eatre, par l&rsquo;\u00e9clat des idoles que le d\u00e9miurge du moment fait clignoter devant leurs yeux, que les hommes aiment suivre ceux qui leur promettent des joies et des plaisirs. Dosto\u00efevski nous donne l&rsquo;image d&rsquo;une humanit\u00e9 non seulement incapable de reconna\u00eetre le vrai bien, mais pr\u00eate \u00e0 le nier tant qu&rsquo;elle ne doit pas assumer l&rsquo;effort et la charge d&rsquo;exercer la libert\u00e9 de choix.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Mais ce n&rsquo;est pas ce que le Christ de l&rsquo;histoire, par son silence, atteste une fois de plus par son message de libert\u00e9. Il est porteur d&rsquo;un exemple. Il ne veut pas s&rsquo;imposer et imposer sa loi, mais il a laiss\u00e9 les hommes libres de le suivre, car ce n&rsquo;est que dans la libert\u00e9 que l&rsquo;on trouve la V\u00e9rit\u00e9. Celui qui ne s&rsquo;impose pas, qui n&rsquo;a pas besoin de convaincre et qui n&rsquo;a pas \u00e0 conqu\u00e9rir les autres \u00e0 sa volont\u00e9, aime et accepte le monde pour ce qu&rsquo;il est, qui s&rsquo;abandonne au monde, pour en faire la base de sa renaissance \u00e0 travers la d\u00e9couverte de la valeur de la libert\u00e9.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>C&rsquo;est le message dont chaque chemin d&rsquo;initiation est porteur.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Il y a un passage \u00e0 la fin du chapitre dans lequel le narrateur, Ivan Karamazov, constate avec amertume que la tromperie envers le peuple se fait au nom de Celui qui est trahi, mais que tout cela doit rester secret, juste pour prot\u00e9ger les hommes malheureux et born\u00e9s, pour les rendre heureux. Et il ajoute : \u00ab\u00a0J&rsquo;imagine que m\u00eame les francs-ma\u00e7ons ont des principes parmi eux, quelque chose qui est analogue \u00e0 ce myst\u00e8re et que les catholiques d\u00e9testent tant les francs-ma\u00e7ons parce qu&rsquo;ils voient en eux les concurrents qui brisent l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;id\u00e9e, alors qu&rsquo;unique doit \u00eatre le troupeau et le berger\u00a0\u00bb. Cette vision de la franc-ma\u00e7onnerie s&rsquo;est \u00e9videmment impos\u00e9e \u00e0 Dosto\u00efevski parce qu&rsquo;il \u00e9tait convaincu qu&rsquo;elle agissait comme un instrument de pouvoir destin\u00e9 \u00e0 plier les masses \u00e0 sa volont\u00e9 et \u00e0 se placer ainsi en concurrence avec les autres institutions qui poursuivaient des buts similaires.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>C&rsquo;est le risque que courent les initi\u00e9s associ\u00e9s devant les profanes. Puisqu&rsquo;ils agissent avec r\u00e9serve, on suppose qu&rsquo;ils poursuivent des objectifs qui ne peuvent \u00eatre d\u00e9clar\u00e9s ou qu&rsquo;ils g\u00e8rent le pouvoir. C&rsquo;est aussi la cons\u00e9quence logique \u00e0 laquelle nous sommes confront\u00e9s lorsque nous attendons de la franc-ma\u00e7onnerie une institution qui puisse agir directement dans le monde tel qu&rsquo;il est, et non pas \u00e0 travers l&rsquo;am\u00e9lioration de ses initi\u00e9s qui refl\u00e8tent ensuite leur nouvel \u00e9tat d&rsquo;esprit dans la soci\u00e9t\u00e9.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Tout voyage a une fin, mais m\u00eame apr\u00e8s \u00eatre rentr\u00e9 chez soi, il continue \u00e0 faire sentir ses effets, \u00e0 revivre dans les r\u00e9cits, \u00e0 agir sur les souvenirs et les sensations, et peu \u00e0 peu la r\u00e9alit\u00e9 et l&rsquo;imagination se m\u00e9langent pour former une histoire id\u00e9ale de ce qui a \u00e9t\u00e9. Au fond de nous, un voyage ne s&rsquo;arr\u00eate jamais est-il destin\u00e9 \u00e0 s&rsquo;achever par la mort ?<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Les religions institutionnalis\u00e9es \u00e9tablissent une distinction claire entre la vie et la mort, entre un avant et un apr\u00e8s. Leur sot\u00e9riologie, comme nous l&rsquo;avons vu, peut \u00eatre bas\u00e9e sur la pr\u00e9valence de la gr\u00e2ce ou sur celle des \u0153uvres, mais dans tous les cas, tout ce qui est cr\u00e9\u00e9, fait ou re\u00e7u dans la vie terrestre a une signification en fonction de l&rsquo;au-del\u00e0.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Cependant, m\u00eame en ce qui concerne la mort, il existe des visions contrast\u00e9es dans les \u00e9critures : m\u00eame dans certains livres de la Bible, elle est consid\u00e9r\u00e9e comme voulue par Dieu et pr\u00e9vue d\u00e8s la cr\u00e9ation, ce qui est \u00e9galement le th\u00e8me dominant du juda\u00efsme ; dans d&rsquo;autres, la mort est une cons\u00e9quence du p\u00e9ch\u00e9 de l&rsquo;homme, et n&rsquo;est donc pas voulue par Dieu, ce qui est le concept du christianisme. Voulue ou non par Dieu, amie ou ennemie, la mort marque toujours un foss\u00e9 \u00e0 franchir, un moment de jugement dont le r\u00e9sultat positif ou n\u00e9gatif d\u00e9pendra de ce que, de notre vivant, nous aurons accompli de l&rsquo;enseignement des religions.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Dans le contexte de l&rsquo;initiation, la mort n&rsquo;est pas consid\u00e9r\u00e9e comme la cons\u00e9quence du p\u00e9ch\u00e9 de l&rsquo;homme. Elle fait partie int\u00e9grante de la logique de la cr\u00e9ation, pr\u00e9sente bien avant l&rsquo;apparition de l&rsquo;homme. Accepter cette donn\u00e9e, c&rsquo;est encore une fois \u00ab\u00a0s&rsquo;abandonner au monde\u00a0\u00bb, et en faire la base d&rsquo;une expression plus large de la libert\u00e9, celle pour laquelle on n&rsquo;est li\u00e9 \u00e0 rien, ni \u00e0 la vie ni \u00e0 la mort, parce qu&rsquo;on est \u00e9galement pr\u00e9sent dans l&rsquo;une et dans l&rsquo;autre.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Ce qu&rsquo;est la vie et ce qu&rsquo;est la mort d\u00e9pend de nous, du sens que nous lui donnons et alors nous pouvons penser \u00e0 la mort non pas comme une division, une s\u00e9paration, mais comme une continuation sous une forme diff\u00e9rente, parce qu&rsquo;une fois que nous avons pris conscience de cette partie de nous qui a d\u00e9fini le Soi ou la conscience ou l&rsquo;esprit \u00e0 travers lequel nous avons r\u00e9sonn\u00e9 avec la source du Divin, alors cette partie de nous vivra dans un \u00e9ternel pr\u00e9sent, sans avant et sans apr\u00e8s.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>La vie n&rsquo;est pas une affirmation comme la mort n&rsquo;est pas une n\u00e9gation. Une fois de plus, la v\u00e9rit\u00e9 n&rsquo;est pas seulement dans l&rsquo;une des deux propositions oppos\u00e9es. La v\u00e9rit\u00e9 se construit comme un lien, comme une relation entre deux oppos\u00e9s, elle ne consiste pas \u00e0 accepter l&rsquo;un et \u00e0 exclure l&rsquo;autre. En tant que lien, la v\u00e9rit\u00e9 n&rsquo;est pas une donn\u00e9e apriorique, ext\u00e9rieure \u00e0 nous, mais elle se construit en vivant tous les aspects qui lui sont li\u00e9s, elle est le r\u00e9sultat de notre travail de recherche, elle s&rsquo;\u00e9labore \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de nous, elle vit et grandit en nous. Il n&rsquo;y a pas la vie d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et la mort de l&rsquo;autre : il n&rsquo;y a qu&rsquo;un processus int\u00e9gral dont l&rsquo;expression compl\u00e8te consiste dans la finitude de la chair, mais dans la compl\u00e9tude de l&rsquo;esprit et l&rsquo;unit\u00e9 du Pl\u00e9r\u00f4me, qui englobe tout.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Au moment de la mort, nous comprenons ce que nous sommes pour ne plus \u00eatre : ne plus \u00eatre, pour ceux qui croient qu&rsquo;avec elle tout finit ; commencer \u00e0 devenir, pour ceux qui croient que tout commence avec elle.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p><strong>EPILOGUE<\/strong>:<\/p>\n\n<p>La vie est une succession de joies et de peines, d&rsquo;espoirs et de d\u00e9ceptions, et dans son \u00e9volution, elle nous conduit au moment de la question fatidique : que reste-t-il \u00e0 la fin ? Nous sommes tromp\u00e9s par la vie ou, plut\u00f4t, c&rsquo;est nous qui la trompons, parce que nous ne voulons pas la comprendre, l&rsquo;appr\u00e9hender, l&rsquo;interpr\u00e9ter de la bonne mani\u00e8re ?<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Ce que nous avons dit sur l&rsquo;eschatologie du chemin de l&rsquo;initi\u00e9 repr\u00e9sente-t-il une dimension r\u00e9elle ou plut\u00f4t une des nombreuses \u00e9laborations mentales de l&rsquo;homme, pour rendre compte de l&rsquo;inexorable myst\u00e8re de l&rsquo;\u00eatre et se soustraire \u00e0 l&rsquo;am\u00e8re r\u00e9alit\u00e9 de la vie ?<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>C&rsquo;est \u00e0 chacun de nous, Fr\u00e8res, qu&rsquo;incombe la responsabilit\u00e9 et la libert\u00e9 de donner une r\u00e9ponse.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Pour ma part, je conclurai par une derni\u00e8re consid\u00e9ration.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Nous avons examin\u00e9 et mis en \u00e9vidence le contraste qui existe entre le monde profane, d&rsquo;une part, o\u00f9 r\u00e8gne l&rsquo;\u00e9tat de n\u00e9cessit\u00e9 et une forme relative de libert\u00e9, et le monde exot\u00e9rique-initi\u00e9, d&rsquo;autre part, caract\u00e9ris\u00e9 par une forme de libert\u00e9 qui transcende le terrain terrestre pour se consacrer \u00e0 la connaissance de son identit\u00e9 divine.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Mais cette juxtaposition est en soi artificielle et dict\u00e9e par la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9crire, par la difficult\u00e9 de l&rsquo;esprit \u00e0 \u00e9noncer, de mani\u00e8re unitaire, ce qui appara\u00eet fragment\u00e9, car m\u00eame pour un initi\u00e9 (et surtout un franc-ma\u00e7on) ne peut et ne doit pas s&rsquo;isoler du monde, ne peut pas cr\u00e9er une distinction marqu\u00e9e dans sa vie entre les deux contextes. Il y a plut\u00f4t un m\u00e9lange continuel entre l&rsquo;un et l&rsquo;autre, m\u00eame si nous essayons d&rsquo;adh\u00e9rer compl\u00e8tement \u00e0 la vision de l&rsquo;initi\u00e9, personne ne peut nier les besoins du corps et de la personnalit\u00e9 : la n\u00f4tre peut \u00eatre appel\u00e9e une tendance vers la perfection de l&rsquo;initi\u00e9, comme une tension continue vers la lumi\u00e8re, dont nous pouvons capturer les \u00e9clairs, avoir la sensation, vivre ses instants. Mais ce n&rsquo;est que pour les quelques \u00e9lus que nous pouvons voir l&rsquo;ach\u00e8vement de l&rsquo;identification, homme-divin dont nous avons parl\u00e9, \u00e9lu par nous, c\u00e9l\u00e9br\u00e9 comme les ma\u00eetres de toutes les \u00e9poques et l&rsquo;aveu qu&rsquo;ils ont atteint le Secret Royal.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Nous pourrions alors dire que, sur notre chemin, nous tissons la cha\u00eene de la libert\u00e9 dans la trame du besoin. Le tissu qui en sortira sera caract\u00e9ris\u00e9 par l&rsquo;un ou l&rsquo;autre, selon que l&rsquo;initi\u00e9 sera capable de donner de la consistance \u00e0 sa trame plut\u00f4t que de subir la cha\u00eene du blasph\u00e8me.<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>Peut-\u00eatre les mots que Pic de la Mirandole, l&rsquo;un des principaux promoteurs de la renaissance de la pens\u00e9e exot\u00e9rique dans notre culture, fait dire \u00e0 Dieu, pour d\u00e9finir la nature humaine et qui peuvent encore nous guider :<br\/><br\/><\/p>\n\n<p>\u00ab Je ne vous ai fait ni c\u00e9leste ni terrestre, ni mortel ni immortel, parce que c&rsquo;est de vous-m\u00eame, architecte presque libre et souverain, que vous vous \u00eates form\u00e9 dans la forme que vous auriez choisie. Tu peux te d\u00e9grader dans les choses inf\u00e9rieures que sont les brutes ; tu peux, selon ta volont\u00e9, te r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer dans les domaines sup\u00e9rieurs que sont les divins&#8230; \u00bb<br\/><br\/>Ainsi ai-je dit&#8230;<br\/><br\/>B\u2234 A\u2234 T\u2234<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hier, nous avons entendu trois rapports int\u00e9ressants sur trois voies mystiques et \u00e9sot\u00e9riques visant \u00e0 la recherche de la V\u00e9rit\u00e9, comme moyen privil\u00e9gi\u00e9 d&rsquo;assurer le salut. 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